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samedi 7 février 2015

2 fevrier 2015 - Homélie du pape François a la messe de la Présentation de l'Enfant Jésus 

(Source: http://vd.pcn.net/fr/index.php?option=com_content&view=article&id=1503:2-fevrier-2015-homelie-du-pape-francois-a-la-messe-de-la-presentation-de-lenfant-jesus&catid=38:vie-consacree&Itemid=40)

ROME - Le pape a présidé à Saint-Pierre, ce 2 février, à 17h30, la messe de la Présentation de l'Enfant Jésus au Temple de Jérusalem, une fête qui est aussi l'occasion de la Journée mondiale de la vie consacrée. Le pape était entouré de milliers de personnes consacrées présentes à Rome.
Homélie
Nous avons sous les yeux la représentation de notre Mère, Marie, qui marche avec l’Enfant Jésus dans les bras. Elle l’introduit dans le Temple, elle l’introduit dans le peuple, elle l’amène rencontrer son peuple.
Les bras de notre Mère sont comme l’ « échelle » par laquelle le Fils de Dieu descend vers nous, l’échelle de la condescendance de Dieu. Nous l’avons entendu dans la première lecture, de la Lettre aux Hébreux : Le Christ s’est rendu « en tout semblable à ses frères, pour devenir un grand prêtre miséricordieux et digne de foi » (2,17). C’est la double voie de Jésus : il est descendu, il s’est fait comme nous, pour monter vers le Père avec nous, nous faisant comme lui.
Nous pouvons contempler dans notre cœur ce mouvement, en imaginant la scène évangélique de Marie qui entre dans le Temple avec son Enfant dans les bras. La Vierge Marie marche, mais c’est son Fils qui marche devant elle. Elle le porte, mais c’est lui qui la porte dans ce chemin de Dieu qui vient à nous afin que nous puissions aller à lui.

Jésus a marché sur la même route que nous, et il nous a indiqué la route nouvelle, un « chemin nouveau et vivant » (cf. He 10,20) qui est lui-même. Pour nous aussi, consacrés, il a ouvert une voie. (...)
L’Évangile insiste bien cinq fois sur l’obéissance de Marie et Joseph à la « Loi du Seigneur » (cf. Lc 2,22.23.24.27.39). Jésus n’est pas venu faire sa volonté, mais la volonté de son Père ; et cela, a-t-il dit, était sa « nourriture » (cf. Jn 4,34). Ainsi, celui qui suit Jésus se met sur la voie de l’obéissance, comme pour imiter la « condescendance » du Seigneur, s’abaissant et faisant sienne la volonté de son Père, y compris jusqu’à l’anéantissement et l’humiliation de soi-même (cf. Ph 2,7-8). Pour un religieux, progresser c’est s’abaisser dans le service. Un chemin comme celui de Jésus qui « ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu » (Ph 2,6). S’abaisser en se faisant serviteur pour servir.
Et ce chemin prend la forme de la règle, caractérisée par le charisme du fondateur. La règle irremplaçable, pour tous, est toujours l’Évangile, cet abaissement du Christ, mais l’Esprit-Saint, dans son infinie créativité, l’exprime aussi dans différentes règles de vie consacrée, mais toutes naissent de la « sequela Christi », de ce chemin qui consiste à s’abaisser en servant.
À travers cette « loi », les consacrés peuvent atteindre la sagesse, qui n’est pas une attitude abstraite, mais l’œuvre et le don de l’Esprit-Saint, et son signe évident est la joie. Oui, la joie du religieux est la conséquence de cette voie d’abaissement avec Jésus… Et, quand nous sommes tristes, cela nous fera du bien de nous demander comment nous vivons cette dimension de kénose.
Dans le récit de la Présentation de Jésus, la sagesse est représentée par deux personnes âgées, Siméon et Anne : des personnes dociles à l’Esprit-Saint (il est nommé 4 fois), guidées par lui, animées par lui. Le Seigneur leur a donné la sagesse à travers un long chemin sur la voie de l’obéissance à sa loi, obéissance qui, d’une part humilie et anéantit, mais obéissance qui, d’autre part garde et garantit l’espérance ; et maintenant, ils sont créatifs, parce que remplis d’Esprit-Saint. Il créent même une sorte de liturgie autour de l’Enfant qui entre dans le Temple : Siméon loue le Seigneur et Anne « prédit » le salut (cf. Lc 2,28-32.38). Comme dans le cas de Marie, le vieillard porte aussi l’Enfant mais, en réalité, c’est l’Enfant qui conduit la personne âgée. La liturgie des premières vêpres de la fête de ce jour l’exprime d’une manière claire et belle : « senex puerum portabat, puer autem senem regebat » ("le vieillard portait l'enfant, mais l'enfant dirigeait le vieillard", ndlr). Marie, la jeune mère, comme Siméon, le vieux « grand-père », portent l’Enfant dans leurs bras, mais c’est l’Enfant qui les conduit tous les deux.
C’est curieux, ici, ce ne sont pas les jeunes qui sont créatifs : les jeunes, comme Marie et Joseph, suivent la loi du Seigneur, la voie de l’obéissance. Et le Seigneur transforme l’obéissance en sagesse, par l’action de son Saint-Esprit. Parfois, Dieu peut donner le don de la sagesse à un jeune, mais toujours à travers la voie de l’obéissance et de la docilité à l’Esprit. Cette obéissance, cette docilité n’est pas quelque chose de théorique, mais elle aussi est soumise au régime de l’incarnation du Verbe : docilité et obéissance à un fondateur, docilité et obéissance à une règle concrète, docilité et obéissance à un supérieur, docilité et obéissance à l’Église. Il s’agit d’une docilité et d’une obéissance concrètes.
À travers le cheminement persévérant dans l’obéissance, la sagesse personnelle et communautaire mûrit, et il devient alors possible aussi d’adapter les règles aux temps : la véritable « mise à jour », en effet, est l’œuvre de la sagesse, forgée dans la docilité et l’obéissance.
La revitalisation et le renouveau de la vie consacrée se produisent à travers un grand amour de la règle et aussi à travers la capacité à contempler et à écouter les personnes âgées de la congrégation. Ainsi, le « dépôt », le charisme de toute famille religieuse est gardé par l’obéissance et par la sagesse ensemble. Et, à travers se chemin, nous sommes préservés de vivre notre consécration à la légère, de manière désincarnée, comme s’il s’agissait d’une gnose qui se réduirait à une « caricature » de la vie religieuse, dans laquelle on vit une « sequela » sans renoncement, une prière sans rencontre, une vie fraternelle sans communion, une obéissance sans confiance, une charité sans transcendance.
Nous aussi, aujourd’hui, comme Marie et comme Siméon, nous voulons prendre Jésus dans nos bras pour qu’il rencontre son peuple et nous l’obtiendrons certainement si nous entrons dans le mystère par lequel c’est Jésus lui-même qui nous conduit. Nous menons à Jésus mais nous nous laissons guider. C’est ce que nous devons être : des guides guidés.
Que le Seigneur, par l’intercession de notre Mère, de saint Joseph et des saints Siméon et Anne, nous accorde ce que nous lui avons demandé dans la prière de la Collecte : de lui « être présentés pleinement renouvelés dans l’Esprit ». Ainsi soit-il.

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